J’me souviens pu!

La devise du Québec « Je me souviens » devrait être changée par « J’m’en rapelle-pu! ». Les gens sont tellement ignares de leur histoire, à chaque fois que je m’y attarde, je me rends compte à quel point les québécois ne connaissent pas leur origines.

J’en ai parlé amplement dans mes billets précédents, sur les origines multiples du peuple québécois et non pas seulement françaises, et récemment au sujet de De Lorimier dans « Perversion de l’histoire ».

Il y a aussi le cas du « 475e de Gaspé », alors qu’il s’agit du 475e anniversaire d’un des voyages de Jacques Cartier en 1534, où il a planté une croix à Gaspé, mais il n’y a pas eu de colonie avant 1765. On est loin du 475e anniversaire de la ville, pourtant, sur leur site web, le titre est le « 475e anniversaire de Gaspé ». Personne ne s’est rendu compte. Je leur en ai parlé, mais rien n’a changé et la confusion demeure. La vérité n’intéresse personne.

Pour savoir où on va, il faut savoir d’où on vient. Donc à l’occasion, je vais rappeler aux gens des petits bouts de leur histoire.

Aujourd’hui, je vais m’attarder sur quelque chose qui peut paraître insignifiant, mais qui en dit long sur notre histoire. Tous le monde a déjà entendu l’expression: « Changer 4 trente sous pour une piastre », mais ça viens d’où?

Premièrement 4 x 30 = 120, donc mathématiquement ça ne colle pas puisque normalement c’est 100 cents pour un dollar. En plus, quand on parle de « trente sous » on désigne les pièces de 25 cents, donc d’où vient ce calcul bizarre?

Il faut remonter au temps de la Nouvelle-France, où nous étions une colonie-comptoir sous l’emprise de la France. On utilisait le même système monétaire qu’en France. Ce système était fondé sur la livre, qui se divisait en 20 sous.

Le commerce à cette époque était un commerce triangulaire (Nouvelle-France/Antilles/France) l’un fournissant les fourrures, l’autre le rhum et le mélasse, et l’autre les articles « civilisés ».

En 1760, les Britanniques font la conquête de la Nouvelle-France, mais ils laissent en place le système monétaire français. A cette époque, la livre anglaise et la livre française ont à peu près la même valeur.

Il y avait donc plusieurs types de monnaies en circulation, et comme la France ne fournissait pas assez de pièces, les Canadiens utilisaient aussi la piastre espagnole (plusieurs pays utilisaient le mot « piastre » pour désigner leur monnaie, certains encore aujourd’hui). On l’appelait aussi le dollar espagnol (les Espagnols ont inventé le « dolar » en s’inspirant du « Thaler » autrichien). La piastre, frappée en grande quantité, était la monnaie d’échange principale dans la partie nord des Amériques.

En 1792, les Américains décident de créer leur dollar. Pour ne pas bousculer les habitudes des Nord Américains, un dollar américain vaut une piastre espagnole. Les Canadiens utilisent à partir de ce moment les dollars américains, les piastres espagnoles, et les livres britanniques. L’un était équivalent de l’autre, le mot pastre est resté.

En 1836, la banque de Montréal émet le premier billet de 1 dollar. Il y a donc deux systèmes monétaires officiels au Canada qui coexistent : la livre et le dollar. Les gens les utilisent sans trop les différencier. Le gouvernement du Canada détermine que six livres équivalent à un dollar. Puisqu’il y a 20 sous dans une livre et six livres dans un dollar, il y a donc 120 sous dans un dollar. Et 120 sous divisés par 4 égalent 30 sous. Comme la livre et le dollar étaient interchangeables dans l’esprit des gens, ils se sont mis à dire que ça prenait quatre 30 sous pour faire un dollar.

Simplement en recherchant l’origine d’une expression banale, on vient de revivre une partie importante de notre histoire.

Autre site sur le sujet

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2 Responses to J’me souviens pu!

  1. Poukoi dit :

    Fais attention Christian,

    Des plans pour que les péquistes demandent à Ottawa de leurs verser tous les 20 cennes de chaques dollard payés en taxe depuis 1836 sous prétexte qu’historiquement nous sommes les descendants des habitants de la Nouvelle-France qui n’étaientt pas fort en math. Une armé de lologues pourrait se mettre sur le dossier et dire que l’incompréhension du peuple à l’époque était dûe à un manque d’éducation dont les responsables était les britanniques. Et que ces britanniques ont trouvés le secret de l’immortalité et qu’ils résident tous en Ontario. Donc, il faut faire la révolution maintenant « sacre-bleu »!!!

    Cà pourrait financé un nouveau film pour Falardeau et/ou payer la séparation du Québec! AUX ARMES BARBUES et BARBUSE!

    🙂

  2. lutopium dit :

    Merci Christian, très instructif. Et la semaine des quatre jeudis?

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