Déja-vu

Commentaire de l’auteur montréalaise Zhimei Zhang, qui a connnu la révolution culturelle chinoise:

Les carrés rouges lui rappellent les bandeaux rouges des gardes révolutionnaires de l’époque.

Quelques extraits:

-It seems to me that the Quebec student protesters are abusing democracy and freedom, which are the rights of every citizen, not just the protesters. This reminds me so much of the 10 disastrous years of the Cultural Revolution in China (1966 to 1976) when students went amok, ignoring all authorities, infringing on the basic survival rights of people, smashing everything they could put their hands on and shouting with inflated arrogance: “What is law? I am law!” The loss was beyond restitution and the damage irreparable.

-I can’t help but make this comparison because I see so many similarities in the students’ behaviour. The red squares pinned on their chests are for me alarming echoes of the red armbands worn by the Chinese Red Guards, the vanguard of all destruction. Democracy is meaningless if you are depriving other people of their rights while asserting your own. If we start to defy all rules and laws, then we have anarchy.

I was glad that I hadn’t seen any Chinese faces in the marching crowd. I don’t think Chinese parents would encourage their children to participate in such activities. I wouldn’t. It is well known that Quebec’s university tuition fee is the lowest in Canada. It is not even a 10th of Princeton University’s tuition.

Do you know that getting into good universities in China has become a luxury for average families? In addition to paying tuition plus living expenses, a huge burden already for parents, the Chinese have to give handsome bribes to teachers and school authorities to compete with their peers for the limited number of places available. Chinese families feel so blessed to have their children studying in Canada and getting a good education.

I agree with Josh Freed, who said in his weekend column: “We see Quebec’s higher new tuition rates as still being more of a bargain than a burden.”

Why can’t Quebec students see this? Unless there are other political motives behind the movement that cannot be revealed.

http://www.montrealgazette.com/news/Social+unrest+violence+serve+stark+reminders+past+life+China/6667513/story.html

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18 réponses à Déja-vu

  1. L'engagé dit :

    Commentaire de Normand Baillargeon, un de nos intellectuels le plus fameux :

    Bon nombre de commentateurs avouent avoir du mal à comprendre ce qui se passe actuellement au Québec ou démontrent carrément, par leurs commentaires et leurs analyses, qu’ils ne comprennent pas tout à fait. Très candidement Joseph Facal avouait ainsi hier, dans le Journal de Montréal: «Un des aspects les plus frappants de la crise actuelle est le profond décalage qu’elle révèle entre la mentalité de beaucoup de manifestants et la tournure d’esprit de gens comme moi. J’avoue très honnêtement que je ne l’avais pas vu venir.»
    Je ne jette pas la pierre à ces gens et moi-même j’avoue sans gêne que je ne comprends pas très bien certains aspects de la crise qui secoue le Québec. Il faudra qu’elle se termine et que du temps passe avant que l’on puisse faire un bilan serein et synthétique des événements et de leur signification: la Chouette de Minerve, c’est bien connu, ne prend son envol que le soir venu, après le tumulte de la journée.
    Mais ceci dit, et en tout respect, je pense comprendre au moins en partie pourquoi certains ne comprennent pas — et parmi ceux-là, je range non seulement des commentateurs, mais aussi une part du mouvement syndical et le Gouvernement. Quant à la population en général, souvent, sans connaître le détail de l’explication de la crise, elle en pressent souvent, me semble-t-il, l’essentiel.
    La crise en cours est — entre autres choses, j’en suis conscient — l’ expression d’une critique radicale et pour cela inhabituelle de nos institutions, de notre société, une critique radicale que nombre de gens ignorent peu ou prou mais qui s’est articulée depuis plusieurs années et qui débouche aujourd’hui sur des revendications inédites présentées selon des modalités elles aussi inédites.
    Que dit cette critique radicale?
    Permettez-moi d’essayer d’aller rapidement — et j’espère, sans trop caricaturer — à ce qui me paraît être essentiel.
    Voici donc. Une profonde mutation de civilisation est survenue à l’échelle planétaire vers 1970. Un de ses éléments centraux a été le démantèlement des fameux Accords de Bretton Woods, qui avaient été conclu au sortir de la Deuxième Guerre Mondiale pour relancer et encadrer l’économie mondiale.
    Ces accords favorisaient les échanges dans l’économie réelle, mais ils mettaient aussi un frein majeur aux flux de capitaux de l’économie virtuelle, jugés dangereux pour cette économie réelle faite de biens et de services. Les flux de capitaux étaient considérés, avec raison, comme concédant un pouvoir immense et injustifiable et qu’il fallait donc refuser aux détenteurs de capitaux: ceux-ci, dès lors qu’ils pouvaient sanctionner positivement ou négativement des décisions politiques (en allant là où ils le désiraient) se seraient vu concéder ce que Keynes (il me semble que c’est lui, on me corrigera …) appelait un «sénat virtuel», et donc un pouvoir illégitime et dangereux pour le politique, voire démocraticide: si une loi, disons de travail, devait leur déplaire, les détenteurs de capitaux auraient pu voter contre elle en retirant leurs billes.
    On voulait donc éviter tout cela et on y est relativement bien parvenu … jusqu’au début des années 70, et donc durant ce que l’Histoire appelle les Trente glorieuses. Les Trente glorieuses, car ce furent en effet des années de forte croissance économique, sans crises majeures et durant lesquelles furent poursuivies des politiques économiques et fiscales qui ont maintenu vivant un idéal égalitaire. Pour en donner un exemple frappant, il était fréquent, durant ces années, que des pays appliquent des taux d’imposition maximaux de 90 % environ — et les entreprises payaient leurs impôts. Pour en donner un autre exemple, l’économie durant ces années était, en gros, à 95% composée d’échanges réalisés dans l’économie réelle et à 5 % d’échanges dans l’économie virtuelle.
    Vers 1970, c’est ce système qui a été démantelé. On libéralise notamment les flux de capitaux, ouvrant ainsi la voie, comme le prédit aussitôt l’économiste James Tobin, à de nombreuses et graves crises financières et économiques: pour y pallier, il propose une taxe sur les flux de capitaux, la fameuse taxe Tobin, qui ne sera pas adoptée mais que d’aucuns, comme le Groupe ATTAC, défendent encore.
    Les changements qui s’ensuivent sont profonds et radicaux.
    Les échanges économiques, pour commencer, changent profondément de nature: ils deviennent, en gros, désormais virtuels à 95%. Le redouté sénat virtuel existe et il est très puissant. Les banques changent alors profondément de nature: ce ne sont plus des institutions prêteuses comme celles que nos grands-parents ont connu, mais des acteurs majeurs dans des jeux spéculatifs à haut risque, capable de perturber et même de saccager l’économie réelle. La concentration de la richesse dans le secteur financier qui en découle est proprement phénoménale. Nuisible à l’économie réelle, elle enrichit hors de tout bon sens des gens qui se livrent, au sens strict et fort du terme, à des activités antisociales et qui brisent d’innombrables vies. Et pendant ce temps, les salaires et revenus des gens ordinaires, des salariés, stagnent depuis des décennies.
    Les entreprises se transforment elles aussi en profondeur. Dotées de droits comme si elles étaient des personnes (morales et immortelles) depuis plus d’un siècle déjà, elles échappent désormais à peu près à tout contrôle démocratique, deviennent des sortes de tyrannies privées qui pèsent lourdement sur le processus politique et qui sont en mesure de l’orienter en leur faveur à travers divers groupes de pression ou organismes qu’elles contrôlent dans de substantielles mesures (OCDE, FMI, Banque Mondiale, par exemple) : elles façonnent ainsi peu à peu ce qu’elles appelent la mondialisation de l’économie, qui signifie, sans trop caricaturer, le fait pour elles de pouvoir aller où elles veulent, pour faire ce qu’elles veulent, comme elles le veulent.
    Le politique se transforme lui aussi, notamment parce qu’il se met au service de ces institutions économiques— si tant est qu’il soit encore possible de distinguer le politique et les institutions économiques. Nous ne sommes alors plus guère en démocratie représentative, mais dans ce qu’on peut appeler une oligarchie représentative, une alliance entre corporations et gouvernement. La situation est encore aggravée par le fait que l’information est dans une substantielle mesure contrôlée par les médias de masse, qui sont des entreprises et appartiennent souvent à des grands groupes. Un exemple? Ce Ministre qui annonce en ce moment son intention de recourir une fois de plus à une loi spéciale pour régler un conflit de travail (cette fois, au CP) et qui déclare que son gouvernement a été élu pour être «le gardien de l’économie». C’est proprement surréaliste! Pensez-y. Pas du bien commun. Pas de la justice sociale. De l’économie.
    J’ai sans doute dit tout cela trop vite et avec trop peu de nuances: mais le portait est globalement exact. Ce qui s’en est suivi est connu. Des sociétés et un monde profondément inégalitaires; des crises économiques incessantes et souvent majeures et aux effets désastreux sur la majorité des gens; des dépenses de fonds publics au profit de ces institutions dominantes, demandant par exemple, sans gêne, d’être renflouées par les fonds publics quand survient une crise et qui exigent d’être subventionnées le reste du temps; des attaques frontales et nombreuses à l’idée de participation du public; l’entretien de l’illusion que dette et déficits sont causés par des dépenses somptueuses de l’État pour le bien comun; le mensonge propagé que nous ne serions plus en mesure de nous payer des routes dignes de ce nom, des soins de santé pour tous et toutes, un système d’éducation, des fonds de pension, de la sécurité sociale, un régime d’assurance chômage, des salaires décents.
    Ce que nous vivons
    La révolte actuelle porte contre tout cela. Elle s’exprime là où elle l’a pu: dans la rue.
    Dans la rue parce que les partis politiques ne l’ont pas entendu et ne permettent pas d’exprimer tout ce que porte cette révolte.
    Dans la rue parce que le syndicats ne l’entendent pas ou guère et n’ont pas permis d’exprimer tout ce que porte cette révolte.
    Dans la rue parce que les grands médias ne l’entendent pas ou guère et n’ont pas permis d’exprimer tout ce que porte cette révolte.
    Concrètement, cette révolte dit: nous refusons d’accorder qu’après toutes ces années de supposée croissance économique, nous ne puissions pas ou plus nous payer collectivement des biens communs que nous avions mis sur pieds hier, encore moins en ce moment où un gouvernement, dont la légitimité démocratique nous semble à peu près nulle, vend, voire donne nos richesses collectives à des corporations, certaines étrangères.
    Elle dit: les institutions de ce monde sont gravement malades et il faut en changer.
    Elle dit on en a assez des mensonges, des semi-vérités.
    Elle dit: l’économie doit changer. Elle ne doit plus être ce qui nous est donné comme seul horizon possible à nos vies, au mépris de tout le reste. L’économie doit être autre chose que ce qui projette son ombre tutélaire sur la société. Elle doit être un outil que nous nous donnons et que nous contrôlons pour la mettre au service du bien commun, et qui permet de se soucier de l’environnement, de promouvoir l’égalité, non seulement des chances mais aussi des résultats.
    Elle dit: le politique doit changer. Le processus politique est en effet désormais largement délégitimisé, la démoratie semble à plusieurs un leurre tandis que l’espace de délibération collective est plein de bruits et de parasites qui interdisent une véritable délibération.
    Ce sont, au moins pour une part, des gens qui ont conscience de tout cela qui se présentent dans l’espace public en ce moment. Ils sont critiques, informés, lucides. Ils ne peuvent être amadoués par des promesses de gains personnels, ils se méfient des pouvoirs traditionnels, redoutent leurs mensonges, détectent leur propagande: leur combat est en grande partie altruiste, ce qu’ils défendent va au-delà de demandes qui pourraient être satisfaites par les offres et les promesses usuelles. Ils mettent en oeuvres des moyens inédits, pratiquent la démocratie délibérative et directe, ne sont pas leurrés par des slogans vides. Ce que ces personnes réhabilitent, et dont plusieurs avaient oublié jusqu’à l’existence, ce sont les idées de démocratie, de bien commun, et de combat politique.
    Ils et elles nous disent, surtout: nous ne nous tairons pas et notre détermination est à la mesure de ce que nous comprenons et rejetons du monde tel qu’il est et qui doit changer

    • crioux dit :

      Normand Baillargeraon n’est pas un "fameux intellectuel", c’est un dangereux anarchiste.

      http://pierrejeanjacques.hautetfort.com/archive/2012/05/21/normand-baillargeon-portera-le-carre-noir-du-black-block.html

      • L'engagé dit :

        Dangereux? Ne soyez pas risible. Je connais M. Baillargeon, c’est un fan de Prévert et de Jazz.

        Anarchiste? Oui. Mais je doute que vous n’ayez beaucoup de compétence en matière de mouvements anarchistes et de pensée politique anarchiste. Chez vous, anarchiste est un terme péjoratif du genre « extrémiste radical épouvantable », genre «communiss» . Parlant de gauche, avez-vous déjà lu des textes marxistes, critiques? Connaissez-vous Gramsci par exemple? Pouvez-vous dissertez sur le Black Block?

        La position «carré noir» de Baillargeon n’est une surprise pour personne d’un tant soit peu au courant de la vie intellectuelle ou académique québécoise. On sait qu’il se réclame de l’anarchisme.

        http://voir.ca/normand-baillargeon/2012/05/18/je-porterai-a-present-un-carre-noir/

        Même les gens qui ne sont pas d’accord avec Baillargeon reconnaissent sa valeur intellectuelle et saluent son apport à la pensée critique, pas seulement québécoise, mais internationale. Tenez son «Petit guide d’autodéfense intellectuelle» a été traduit dans plusieurs langues, «Stéroïde pour comprendre la philosophie» fait la preuve de ses aptitudes de vulgarisateur.

        Enfin, des gens qui ont un talent bien moindre occupent bien plus de place, j’ajouterais que Baillargeon fait ce qu’il y a de mieux, écrire au lieu de s’éparpiller sur les plateaux.

  2. L'engagé dit :

    Et pour poursuivre dans cette veine de qualité, un texte de mon ami, Joan Sénéchal :

    Tintamarre de tout

    Aux quatre coins du réel des brasiers contagieux s’allument. Casseroles Vs Hélicos Vs Cris Vs Sirènes Vs Casseroles Vs Hélicos Vs etc. … L’air vibre et fibrille, électrique. De partout le vent porte des rumeurs, des grondements, des souffles.

    Quelque chose d’une transe primale. Quelque chose d’un carnaval où l’on brûle la peur dans la joie et les rires. Où l’on lave le mépris dans l’audace et l’exaltation.

    Et les casseroles tonnent, tintent, résonnent. Elles se déversent dans les rues, organiques comme un fleuve tropical, irrésistibles, orgiaques. Entraînant avec elles d’autres casseroles, qui affluent par centaines, par milliers : des casseroles de parents, d’enfants, de grands-parents, de jeunes, de vieux, de femmes, d’hommes. Des casseroles de familles, de couples, de célibataires, de colocataires.

    On les tabasse. On les claque. On les fesse. On les cogne. Éclats de cuivre. Tonnerre d’aluminium. Cacophonie de culs et de couvercles. Brouhaha de moules à tarte, de racks à cookies, de poêles à frire, de saladiers, de bols, d’assiettes, de poubelles petites et géantes… La majorité soumise et silencieuse, mise depuis des semaines sous le scellé de sondages falsifiés, s’exprime enfin dans un déchaînement tonitruant d’accessoires domestiques. On exulte, on exclame, on exhorte, on exige, on exagère, on exècre, on exorcise, on expie, on expectore, on expulse, on extirpe, on exhume, on existe.

    En-deçà et au-delà du langage. En-deçà et au-delà du comptage des manifestants. On est là. On est tous là. Peu importe le nombre et les raisons. On prend le droit. On prend la place. Ils ont voulu nous faire taire par l’occupation hégémonique de l’espace public et médiatique. Ils ont voulu nous faire terrer sous les massues isolationnistes de la terreur. On s’en tape. On s’en marre. On s’en marée humaine.

    Investir la rue après s’être fait abreuver d’insanités, d’insultes, de médiocrité. Braver la loi après s’être fait enfumer, bombarder, tabasser, arrêter. Exploser à proportion de tout ce qu’on nous comprime depuis le début de cette ère d’austérité pour les uns mais pas pour les autres. Brasser frénétiquement la cage pour autant qu’ils pompent et siphonnent nos existences. Se défouler. Oui, se défouler, pour autant que la vie devient cri politique en ces temps de rigueur et de morbidité.

    Quelque chose comme un peuple qui entre en éruption. Quelque chose comme une jouissance du collectif pour le collectif : sans l’alibi d’une équipe de hockey victorieuse ou d’un festival organisé par-dessus nos têtes. Sans le leurre d’un événement commercial enfoncé jusqu’à plus soif dans nos gorges. Quelque chose comme des retrouvailles avec soi-même. Quelque chose comme un réveil.

    Enveloppés dans notre armure de vacarme, nous sommes invincibles. Oxygénés en-dedans par notre raffut, notre tapage nocturne. La langue de bois des cuillers se brise net sous la furie de nos coups. Nous éclairons l’avenir avec les ampoules de nos mains. Nous chassons les aboyeurs dans nos têtes avec les cors de nos marches qui sillonnent, irriguent, fécondent, éreintent la ville.

    Les télés sont éteintes. Les solitudes s’accouplent et les foyers fusionnent. Les routines de la circulation trébuchent sur ces lianes populaires qui prolifèrent. Depuis quand les routes étaient-elles accaparées, spoliées par les seules voitures reines? Aujourd’hui, ce sont les avenues que se donne un peuple en mouvement: le peuple en mouvement, de loin le plus prioritaire des véhicules.

    Ne nous y trompons pas, c’est une aura sismique. Ne nous y trompons pas, c’est une révolution.

    • crioux dit :

      La plupart des révolutions ont parti avec de bonnes intentions, beaucoup ont fini dans le sang.
      Ceux qui sont derrière cette révolution sont d’extrême gauche, l’idéologie qui est responsable de dizaines de millions de morts. Avez-vous déjà oublié votre histoire?

    • zarmagh dit :

      S’il y a autant de monde pour taper (stupidement) sur des casseroles dans les rues, c’est que le "mâle" québécois a très vite compris que cela lui coûterait vachement moins cher d’amener sa chère et tendre et sa progéniture faire du bruit dans la rue, plutôt que de les amener au ciné ou au restaurant…:-)

      • L'engagé dit :

        Alors même que l’auteur de ce blogue a posé un geste politique en démarrant son projet après une élection (2007, je crois), en dépit de nos divergences complètes, je salue cette lutte contre le cynisme et l’apathie.

        Je ne vois pas ce qu’il y a de stupide à participer à un mouvement politique collectif, lequel s’oppose à la loi 78. C’est pas le Boston tea party, mais ne serait-ce que pour le «dégel» d’une vie sociale et communautaire, il y a quelque chose de très sain dans ce geste qui ne mérite pas votre mépris.

        La réduction du geste à un comportement radin exclut d’ailleurs une réflexion intéressante de ce que peut être la culture (resto et ciné).

        Si on tape ensemble de la casserole, on est plus susceptible d’avoir des conversations sur tel restaurant qui sert du porc local et élevé dans de bonnes conditions et de parler du documentaire «République : un abécédaire» que d’un dernier blockbuster.

        Il y a dans la casserole le germe d’une réflexion et d’une action en vue de servir nos intérêts collectifs et de cesser d’être justement uniquement des individus qui vont au restaurant ou au cinéma. Parce que c’est quand on ne pense qu’à nos nombrils que le pouvoir nous en passe des vites…

      • zarmagh dit :

        @ l’engagé
        Il y a dans la casserole le germe d’une réflexion et d’une action en vue de servir nos intérêts collectifs …
        Mouahahah :-))

  3. L'engagé dit :

    Le rappel de historique est un peu incongru de la part de quelqu’un qui n’a jamais montré la moindre curiosité à l’égard d’Howard Zinn que j’ai cité ici plusieurs fois.

    Comparer le mouvement étudiant à Mao, Staline ou Pol Pot me semble une caricature trop grossière pour être sérieuse. «Votre histoire» comme vous dites vous apprend que la violence logeait dans les fondements théoriques mêmes des révolutionnaires dont vous parlez probablement.

    C’est correct de ne pas le savoir, mais il y a des hyperboles qui font perdre de la crédibilité. Extrême gauche? Faudrait s’entendre sur les définitions. Même s’il y a beaucoup d’anarcho-syndicalistes et de libertaires dans le mouvement, ça n’en fait d’abord pas un mouvement homogène et encore moins «extrème» et même contrôlé. Ces gens-là seraient déjà très satisfaits avec le gel des droits, on ne parle pas de «dictature du prolétariat», mais bien de revenir à un mode d’organisation où l’économie est subordonné au bien être de la société et non le contraire.

    • Stéphane Dumas dit :

      "Au bien-être de la société"…, étrangement ça me rapelle un brin une courte BD européene titré "SOS Bonheur" http://www.bdcentral.com/jvanhamme/oneshots/sosbonheur.html

      Et je ne pense pas que les anarcho-syndicalistes et les libertaires n’apprécieront pas que l’on pourrait un jour utiliser leur trucs contre eux, un peu comme le regretté acteur Lino Ventura dans une scène du film "L’Aventure, c’est l’aventure" a enseigné à son fils. ;-)

      • L'engagé dit :

        Merci pour le lien BD, je suis définitivement curieux, cet enrichissement culturel est sort justement du cadre QMI qu’on sort souvent ici.

        Toutefois, par «bien-être » de la société, j’entends bien la phrase au complet :

        Ces gens-là seraient déjà très satisfaits avec le gel des droits, on ne parle pas de «dictature du prolétariat», mais bien de revenir à un mode d’organisation où l’économie est subordonné au bien être de la société et non le contraire.

        Ma phrase est justement le contraire de l’invitation au totalitarisme et une dénonciation de ceux qui font le raccourci : manifestants = révolutionnaires.

        Et il y a aussi une grande différence entre être contre le néolibéralisme et être contre le capitalisme et un gouvernement de centre dans un système de démocratie libérale.

        Revenir à des régimes fiscaux plus prêts des de ceux des Trentes Glorieuses, ce n’est certainement pas être communiste, libertaire ou dieu sait quoi.

        Par contre, il est vrai que les plus radicaux (anarchistes, communistes) sont des aides dans cette lutte. Mais que leurs intérêts soient solubles dans la lutte sociale actuelle ne veut pas dire que cette dernière ne sert que leurs desseins.

        Des politiques qui avantagent 80% ou 90 % de la population ne sont pas mauvaises parce que des gauchistes les appuient. Par contre, l’inverse n’est pas vrai, ce qui fait l’affaire de 10 ou 20% de la population n’est pas nécessairement positif pour tous les autres, au contraire.

  4. L'engagé dit :

    Dernier commentaire de la série, extraits d’une entrevue de l’anarchopanda :

    Depuis quelques semaines, une mascotte de panda est aux premières lignes des manifestations étudiantes. Anachronique, ce câlinours bicolore suscite une improbable vague de sympathie. Lors de la grande manif de mardi, le panda n’était plus menacé d’extinction : toutous et dessins se reproduisaient chez les manifestants, certains réclamant même « Panda pour président ». Jeudi, il était accueilli en star à Québec. Ce soir, il espère se faire arrêter. Entretien avec un prof qui, sous son pelage, fait de la philosophie dans le trottoir.

    C’est le No-Kung-Fu Panda. Le dalaï-lama de la peluche qui oppose les câlins aux coups de matraque. Quand la tension aux manifestations monte, AnarchoPanda collectionne les étreintes, accordant une plus-value à celles volées aux policiers. « Mon fantasme était une escouade de mascottes qui s’interposerait systématiquement entre les policiers antiémeutes et les étudiants lors des interventions injustifiées, confie au Devoir le panda nu. Plus fondamentalement, si des étudiants pacifiques qui manifestent de façon normale méritent de se faire matraquer, de se faire lancer du poivre, des gaz, des balles de caoutchouc ou assourdissantes, je le mérite aussi. La raison de mon intervention, c’est contre la brutalité policière. » Pourquoi en panda ? « À circonstances bizarres, réponse bizarre. C’est ma façon d’intervenir pour que les étudiants arrêtent de souffrir, sans trahir leur lutte ni détourner leurs discours. »
    [...]

    Avant, il a participé dans sa peau d’homme à près de 70 manifestations de cette grève. « L’idée était d’aller entre les étudiants et l’escouade antiémeute pour empêcher la brutalité. C’est impraticable dans le feu de l’action. Et on peut lire un paternalisme dans ce geste : moi, adulte, je vous protège, vous, enfants. Je veux soutenir les étudiants, sans influencer. »

    Des bisous, des bisous

    Sa solution ? L’attaque de bisous façon Tao Tao. « Avant-hier, j’ai eu un policier ; hier, trois. Je sens qu’ils ont un code de comportement précis – ne pas répondre aux questions, ne pas regarder dans les yeux -, mais la ligne du code qui dit quoi faire quand on se fait donner un câlin par une mascotte semble vide », s’amuse l’AnarchoToutou, sourire en coin. Les policiers de Québec ont semblé moins réceptifs à ses gestes de désamorçage que ceux de Montréal. Peur des ours, peut-être ?

    Dans la rue, il a tout vu. « Dans le contexte actuel, tu ne sais jamais si la violence va démarrer, de quel côté, ni jusqu’où elle va aller. » Il est outré des abus des policiers. « J’ai vu souvent des policiers frapper des étudiants en train de se disperser, de courir loin de l’action. Tu ne peux pas demander à 1000 personnes de se disperser en cinq secondes. C’est irrationnel : tu demandes aux gens de faire quelque chose, ils le font et tu les frappes. » Même incongruité à tolérer une manifestation après l’avertissement policier pour charger, plusieurs dizaines de minutes plus tard, sans prévenir de nouveau.

    [...]

    Sur plus de cent jours de grève, AnarchoPanda a constaté des mutations. « Les étudiants se sont radicalisés dans leurs comportements de manifestants, mais pas sur leurs positions. Et ce ne sont même pas des positions radicales, mais des valeurs de la Révolution tranquille. Vouloir la gratuité scolaire, ce n’est ni radical ni communiste. » Cet Ewok extra-large est fasciné par ce que ces jeunes, dits hyper individualistes, sont prêts à sacrifier. « Ils sont étonnamment adaptés aux manifestations. Tu te fais poivrer, des gens avec des masques te ramènent en arrière, s’occupent de toi. J’te jure qu’ensuite tu vois autrement les jeunes aux masques et lunettes, quand ils t’ont soigné. On assiste selon moi à un des mouvements sociaux de l’histoire du Québec parmi les plus intelligents, les plus réfléchis, les plus stratégiques et les plus nobles, car ces étudiants de l’université ou du cégep ne vont pas subir la majorité de la hausse. Ils voient à long terme, ils se battent pour les autres. Et ils savent que, si cette petite hausse là passe, ça ne s’arrêtera pas là. J’aime les étudiants, les carrés verts. Mais les rouges, je les admire. Parce qu’ils ont plus d’arguments, pour ce qu’ils sacrifient et parce qu’ils ont raison. Ça m’émeut quotidiennement. »

    Cette passion dans la voix, cet engagement entier sont ceux des grands discours politiques. Panda pour président ? Un sourire en coin perce la fumée de sa cigarette. « Ça serait contradictoire pour un panda anarchiste. Je ne leade pas, je ne contrôle pas, je ne suis pas porte-parole, je ne suis pas une fucking mascotte. AnarchoPanda, c’est mon geste de conscience. Selon moi, la cause des étudiants est juste et ce qu’ils subissent, comme réponse gouvernementale et policière, est illégitime. Mon geste peut être absurde ou inutile, mais je suis là, avec eux. Tant que les étudiants vont se faire rentrer dedans, Anarcho va être là. »

    Fin

    Je pense pas qu’Anarchopanda va se transformer en tortionnaire

  5. Gilles Laplante dit :

    Pour le bénéfice de l’engagé, les paroles d’un autre penseur québécois: http://www.fm93.com/audioplayer.php?mp3=133809

    • L'engagé dit :

      Merci Gilles

      Dans l’intro, le collaborateur nous dit : On est en 1969 et René Lévesque, chef du Parti Québécois, qui ,je pense, n’est pas encore au pouvoir

      C’est une joke? T’es animateur pis «tu pense» qu’en 69 le Parti Québécois n’est pas encore au pouvoir… Pis on fait confiance à ces gens là pour contextualiser l’extrait et expliquer les enjeux?

      RL aurait sans doute les mêmes propos aujourd’hui envers les casseurs, mais il ne fait aucun doute que la très grande majorité des manifestants ne sont pas pas des casseurs, pas plus que les 500 arrêtés du 23 mai.

      Vous allez me faire croire que vous ne voulez pas faire cette nuance? Remarquez que le lien que vous diffusez révèle un échantillon où des intervenants médiatiques mainstream manquent définitivement de culture, ce qui aide sans doute à communiquer tous leurs biais.

      • Gilles Laplante dit :

        Ce n’est pas l’animateur que je voulais vous faire écouter mais René Lévesque. Évidemment, ça n’apporte pas d’eau à votre moulin, donc ce n’est pas bon. Curieux comme je ne suis pas surpris….

  6. L'engagé dit :

    @ Gilles Laplante : J’ai très bien compris les propos de RL :

    « RL aurait sans doute les mêmes propos aujourd’hui envers les casseurs, mais il ne fait aucun doute que la très grande majorité des manifestants ne sont pas pas des casseurs, pas plus que les 500 arrêtés du 23 mai. »

    C’est à vous qu’incombe le fardeau de la preuve pour montrer que la critique de Lévesque s’applique à l’ensemble du mouvement ou à Anarchopanda. Mais la teneur des propos d’Anarchopanda, dans le Devoir ou ailleurs (il a écrit et participé à des entrevues) nous montre justement un contemporain (sur le plan des idées) de Lévesque et certainement pas une des cibles, «un imbécile» dont parle Lévesque.

    Pour discuter de la chose et interpréter les propos de Lévesque, ça prend une discussion intelligente à propos du contexte. Vous ne la fournissez pas (ce qui ne veut pas dire que je ne vous en crois pas capable) et le média que vous utilisez s’y refuse.

    Contrairement à Lévesque, dont la force en communication, comme politicien et journaliste, résidait dans la contextualisation et la vulgarisation, votre émission de radio crée au contraire un biais avec sa présentation déficiente d’un cadre pour comprendre les propos cités, l’intervenant avoue lui-même n’être pas équipé pour fournir un tel cadre et l’animatrice refuse d’ajouter quoi que ce soit. Pour des gens qui connaissent peu l’histoire contemporaine du Québec, la vie de RL et du mouvement indépendantiste, le cadre offert par votre émission montre que les propos de Lévesque collent parfaitement pour critiquer le mouvement social actuel. Mais est-ce le cas?

    C’est un exemple patent de ce que Karine Prémont, (spécialiste des médias) appelle le «Framing effect», vous pouvez lire là-dessus ici :
    http://books.google.ca/books?id=4VpOMmD1DrQC&pg=PA37&lpg=PA37&dq=karine+pr%C3%A9mont+framing+effect&source=bl&ots=DAtbm7ETqh&sig=0jp5nEzESN-l_kEw9EkBFAbhpJY&hl=fr&sa=X&ei=G53LT5qhG4acgQfk09nkBg&ved=0CEkQ6AEwAA#v=onepage&q=karine%20pr%C3%A9mont%20framing%20effect&f=false )

    Avec une couverture aussi déficiente (je crois que votre exemple est un bon échantillon de ce qu’on peut entendre au Québec), il n’est pas étonnant que la population se méprenne sur la nature des manifestations et des manifestants. De Gaspésie, c’est facile pour Rioux de confondre ce que disent LCN, le Journal de MTL et de valider le tout avec un pamphlet de la Gazette pour construire son impression du mouvement social et la diffuser.

    Je trouve pour le moins ironique de référer à la «révolution culturelle chinoise» pour faire des analogies douteuses avec le mouvement étudiant, alors que ce qui a de plus symptomatique de la répression gouvernementale actuelle est précisément la délégation sur les forces de l’ordre pour régler la crise, la création de loi spéciale pour leur faciliter le travail (même le NY Time a fait des rapprochements avec Poutine, d’ailleurs), le tout à travers des communications orwelliennes du gouvernement.

    Et pourquoi tout ça? Pour faire accepter un principe «d’utilisateur-payeur» contraire aux intérêts de la majorité (et qui permet de sous-taxer les entreprises, lesquelles n’ont plus à utiliser d’incitatifs pour réinvestir, ce qui leur permet de jouir de liquidités qui s’exilent de l’économie québécoise), dont la hausse des frais de scolarité de n’est que la pointe de l’iceberg.

    Et ce changement est qualifié lui-même de révolution culturelle par nul autre que Bachand. Que Zhang fasse des parallèles avec la révolution culturelle communiste, sans même s’interroger sur la signification réelle du carré rouge et qu’elle passe sous silence la révolution culturelle officielle du gouvernement m’apparait incongru.

    Que Rioux l’utilise ne me surprend pas, mais ce n’est pas politiquement et intellectuellement édifiant. Et entendons-nous, pour ceux qui connaissent Lévesque, c’est complètement le contraire du journalisme de vulgarisation qu’il aurait préconisé. Cette logique d’utilisateur-payeur est également complètement contraire à ses principes politiques, il prônait justement l’accessibilité aux études et pas l’endettement, il a justement créé des institutions qui utilisaient la force des ressources mises en commun pour développer le Québec et affranchir économiquement les Québécois.

    Or Lévesque, comme démocrate, se voyait l’incarnation de la possibilité d’un changement de culture politique sans violence. S’il avait dénoncé les casseurs, n’oubliez pas qu’il aurait su condamner les démagogues…

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